Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (2024)

Films

Par Geoffrey Crété

26 mai 2023

MAJ : 30 mai 2023

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Julia Roberts etGeorge Clooney sont en vacances au soleil pour une comédie romantique. C’est tout le pitch et l’argument de Ticket to Paradise, avec Kaitlyn Dever,Maxime Bouttier et Billie Lourd qui jouent les figurants dans l’ombre du couple superstar. Pas grand-chose à espérer de cette pure formule hollywoodienne, qui parvient tout de même à décevoir.

Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (4)

couple de stars

Ticket to Paradise représente sans nul doute le meilleur du pire de l’industrie hollywoodienne, dans toute sa vaine splendeur des sourires d’aliens et cheveux tellement bien coiffés que tout le monde semble porter une perruque. Côté production : pourquoi s’embarrasser d’un scénario digne de ce nom quand on a Julia Roberts et George Clooney ? Côté George Clooney et Julia Roberts : pourquoi lire le scénario quand on peut aller en vacances au soleil pour faire le con entre potes, et toucher un joli chèque ? Côté public : puisqu’il y a Julia Roberts et George Clooney, pourquoi chercher plus loin ?

Ticket to Paradise est donc la grande harmonie du vide et la fantastique parade du rien, orchestrée par Ol Parker, derrière la comédie romantique queer Imagine Me and You, et l’indescriptible Mamma Mia : Here We Go Again !. Avec son co-scénariste Daniel Pipski (producteur qui s’essaye au scénario), il a appliqué à la lettre la recette du sandwich romantique bas de gamme : ils se détestent au début du film, et ils vont réapprendre à s’aimer avant le générique de fin. Au milieu, une autoroute de scènes vues mille fois, où tout l’outillage du genre est utilisé avec autant de délicatesse que s’il s’agissait de déboucher un évier.

Bien sûr, seul un esprit malade pourrait attendre quelque chose d’extraordinaire de ce Ticket to Paradise, énième prototype de la comédie-romantique-hollywoodienne où l’énergie semble uniquement dédiée au casting de stars capables de faire avaler n’importe quelle pilule moisie. Mais difficile pour un esprit sain de ne pas soupirer devant une paresse qui ferait presque passer Julia Roberts et George Clooney pour des porte-manteaux.

Nous face au film

le bal des ringards

Il suffit d’une blague sur l’art contemporain (type : «Pardon mais ce monochrome est à l’envers») dans les cinq premières minutes pour se dire que Ticket to Paradise va flirter avec les sommets d’une ringardise qui semblait disparue. La suite ne décevra pas, puisque le film devient un petit bingo de la rom com pour les nuls : la fameuse meilleure amie décalée (elle aime picoler, flirter, et se trimballe avec ses sarcasmes et deux boîtes de capotes), le fameux montage musical (l’alcool et la musique de merde réveillent l’humanité), la fameuse pluie diluvienne qui tombe quand tout semble perdu (le timing est digne d’un sketch)… tout y est. Pas pour le meilleur, plutôt pour le pire.

Mieux vaut en rire, même si la comédie est drôlement sérieuse. La romance du jeune couple,bête de A à Z et garantie 100% premier degré, semble exister sur une autre planète tant elle est digne d’un rêve pré-pubère. Et la pauvre Kaitlyn Dever, pourtant très talentueuse, ne peut rien faire de ce rôle de godiche en carton. Difficile de s’attacher à ces parfaits futurs mariés en plastique censés représenter le grand amour, qui sont aussi crédibles que les cheveux indécoiffables de Julia Roberts.

Pas décoiffée, même avec uncarré Hermès sur la tête

Julia Roberts justement n’avait plus fait de bonne comédie romantique depuis les années 90 (l’oubli de Couple de stars, Valentine’s Day, Mange, prie, aime et Il n’est jamais trop tard est évidemment volontaire), et Ticket to Paradise semble précisément bloqué dans cette époque. À tel point qu’il semble bien plus daté que Coup de foudre à Notting Hill ou Le mariage de mon meilleur ami, mille fois plus charmants et drôles.

La seule touche de modernité est le bellâtre français et demeuré, fou amoureux d’elle. Il y a 20 ans, ça aurait été une bimbo accrochée à George Clooney. Ici, c’est un Ken de chair et de sang qui a 20 ans de moins que l’actrice, et qui est incarné par le Gabriel d’Emily in Paris. On a le monde qu’on mérite. Et ce n’est pas un monde où Billie Lourd peut jouer le rôle de «la fille à marier», ce qui aurait certainement donné 1000 points d’humour à Ticket to Paradise.

Baguette Paris Tour Eiffel enfer

paradis perdu

Dans ce désert de cinéma qui ferait passer la filmo de Jennifer Aniston pour celle de Julianne Moore, il n’y a vraiment plus que George Clooney et Julia Roberts à regarder. Mais hormis sur les tapis rouges, rarement auront-ils été aussi si bien habillés, coiffés et maquillés, pour si peu. Le prétexte du film (leur pseudo haine) est écarté en moins de temps qu’il en faut pour compter le nombre de tétons sur le costume de Batman & Robin, laissant alors la place à : rien.

Après la gêne des quelques saynètes (nulles) qui établissent leur animosité en intro, Ticket to Paradise se repose entièrement sur leur alchimie pour avancer. Un bel aveu de néant qui montre vite ses limites, puisqu’il est bloqué dans un petit numéro de grincheux tandis qu’elle est la caution émotion-empathie. À ce stade de pilotage automatique, c’est un exploit qu’ils aient gardé les yeux ouverts.

Quand tu penses au % du budget que t’as englouti avec ton pote

Collègues et copains de longue date (au-delà des Ocean’s et Money Monster, elle a aidé Confessions d’un homme dangereux à être financé en acceptant un petit rôle pour trois miettes de salaire, et il a produit Un été à Osage County), Julia Roberts et George Clooney n’ont de toute évidence plus rien à prouver – mais peut-être plein de choses à payer. Nul doute qu’ils avaient des millions (de dollars) de raisons d’aller en Australie au soleil pour tourner une comédie comme s’ils étaient à Bali, et que la présence de l’autre a motivé. Avec le «J’ai fait ce film de super-héros pour mes enfants !», l’amitié est probablement l’un des plus grands ennemis du cinéma.

Dans tous les cas, Ticket to Paradise est une belle perte de temps et de talent. Et même lorsque le film s’approche d’un moment de grâce, comme dans ce silence final où tout passe par la simplicité désarmante des regards, une tractopelle de cringe arrive, avec un arrêt sur image qui donne envie de partir en courant. Et revoir de bonnes comédies romantiques, pour se souvenir que ça existe.

Rédacteurs :

Geoffrey Crété

Résumé

Même bien habillés, bien coiffés et bien maquillés, Julia Roberts et George Clooney ne peuvent remplacer un scénario digne de ce nom. Ticket to Paradise est une goutte d'eau dans un océan de comédies romantiques insipides, inoffensives et oubliables. Rien de grave, mais rien à signaler.

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Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (24)

Ola

il y a 1 année

Le film si catastrophique ?
Merci de vos commentaires au moins ça permet de se faire une idée, c’est vrai que la bande annonce était pas fantastique

Répondre

Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (25)

Anna Blume

il y a 1 année

Quand la lecture d’un article vous nourrit davantage que les 10 minutes de film que vous avez regardées… Ceci dit, je prends volontiers l’adresse du coiffeur de Julia Roberts.
Merci pour vos critiques.

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Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (26)

LEA

il y a 1 année

ARCHI NUL CE FILM IMPRESSION D AVOIR ETE PRIS PR UN IMBECILE

Répondre

Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (27)

Simon Riaux

il y a 1 année

@Gintonik

Alors si vous tombez sur cette page, à priori, c’est que vous avez un peu demandé quand même.

Mais rassurez-vous, comme vous le montrera l’index des critiques, celles-ci sont pour l’essentiel positives : https://www.ecranlarge.com/films/critiques

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Ticket to Paradise : critique d'un aller-retour en enfer (28)

Gintonik

il y a 1 année

Alors je ne regarderai jamais ce film. Mais juste pour dire que vous n’aimez rien en réalité ? Chaque critique de film ou série c’est à chier. Le pire ce que je tombe à chaque fois sur ce site alors que j’ai rien demandé

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